Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Depuis bientôt deux ans, le débat sur le Grand Paris a pris une ampleur considérable.
Mais sous ce vocable ou sous celui de Paris Métropole, tous ne parlent pas de la même chose.
Penser la métropole de demain, ses infrastructures de transport, imaginer de nouveaux gestes architecturaux, telle a été la première approche.
Christian Blanc, Secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, a délibérément
choisi de se concentrer sur les projets d’infrastructure et de développement économique, considérant qu’il devait d’abord faire "rêver" les élus et les franciliens.
Jusqu’à l’été 2008, j’étais presque seul à affirmer que pour redonner une véritable dynamique à l’espace du Grand Paris et plus largement à la Région Ile-de-France, il fallait d’abord régler le problème institutionnel et définir un nouveau modèle de gouvernance politique.
La formidable idée de la Conférence Métropolitaine, voulue et animée par Bertrand Delanoë, s’est malheureusement transformée en un simple Syndicat Mixte Ouvert qui n’est qu’une association pour faire des études, encore des études, toujours des études…sans aucun pouvoir de décision. Les positions les plus conservatrices, défendues par Jean-Paul Huchon et les Présidents de conseils généraux, se sont donc imposées, tuant dans l’œuf l’idée trop révolutionnaire d’une préfiguration de l’Assemblée Constituante d’un futur Grand Paris.
Lors des auditions de la Commission Balladur, chargée de proposer des pistes pour une réforme de la gouvernance des collectivités locales, le chœur de tous ceux qui ne veulent rien céder s’est puissamment fait entendre. Les oppositions à toute réforme sont féroces, droite et gauche confondues. Comme le disait Edgar Faure : « l’immobilisme est en marche, désormais rien ne saurait plus l’arrêter ».
Il sera donc écrit que les « grands » élus franciliens auront pris le risque de rater ce rendez-vous de l’histoire. Pourtant, beaucoup d’élus locaux et nationaux souhaitent une vraie réforme.
Quant aux citoyens, ils sont quasiment absents de ce débat alors qu’ils sont les premiers concernés. Je veux donc leur donner la parole et faire souffler le vent de la démocratie directe. Voilà pourquoi je vous propose de signer ce manifeste pour un Grand Paris de l’Egalité et de la Fraternité, en vous connectant sur :
Cette démarche n’est en rien partisane. Chacun sait que je suis un élu libre et ce débat n’est heureusement pas tranché par le traditionnel clivage gauche-droite car il y a dans les deux camps des promoteurs et des opposants à l’idée du Grand Paris.
Pour moi, la question n’est pas de savoir s’il faut faire le Grand Paris car le Grand Paris existe. Il est le cœur de la Région Ile-de-France. Le Grand Paris existe mais il n’est pas gouverné.
Comment ne pas voir qu’ici plus qu’ailleurs, l’empilement des couches - communes, intercommunalités, départements, région - ne peut permettre de relever les défis auxquels nous sommes confrontés. Le pouvoir est trop morcelé, trop émietté. Après vingt-cinq ans de décentralisation, tout le monde s’occupe de tout et, paradoxe des paradoxes, il n’y a pas de pilote dans l’avion pour conduire les grandes politiques publiques.
Chaque jour les franciliens nous interpellent, nous les élus, sur notre inefficacité en matière de logement, de transport, de développement économique, de sécurité. Ils nous demandent pourquoi les impôts locaux sont les plus élevés dans les zones les plus pauvres. Quelles explications avons-nous à fournir ?
Reconnaître ou nier le phénomène métropolitain, en conclure ou pas qu’il faut unifier et gouverner cet espace, tel est bien le premier clivage.
Le second clivage est plus discret mais plus polémique encore. Il s’agit du partage de la richesse entre collectivités locales et de l’équilibre des territoires. Dans la région la plus riche de France, la plus riche d’Europe et l’une des plus riches du monde, résoudre le problème de la ségrégation territoriale et des poches de pauvreté est vital pour la cohésion sociale et plus que cela pour la cohésion nationale.
Comment devenir plus efficace sur les grandes politiques publiques ? Comment produire plus de richesses pour financer nos politiques sociales et la politique de la ville ? Comment partager équitablement cette richesse ? Comment assurer la cohésion sociale et territoriale de cet espace ? Tout le débat sur le Grand Paris est là.
En vous demandant de signer ce manifeste, je ne vous demande pas d’approuver le rapport que j’ai rendu en avril 2008 pour le Sénat. Ce rapport propose une solution très détaillée assortie d’un agenda de mise en place mais il n’est pas à prendre ou à laisser en bloc. Il est une base de travail. Le périmètre du Grand Paris, ses compétences, son mode de financement, tout est discutable. Ce rapport se voulait simplement la démonstration du « Oui, nous pouvons ».
Au-delà des différentes solutions proposées par les uns ou les autres, il me semble nécessaire et urgent de permettre à tous ceux qui souhaitent une réforme de pouvoir le dire. C’est pourquoi, j’ai rassemblé dans ce manifeste les grands principes qui constituent selon moi les fondations de la construction d’un Grand Paris de l’Egalité et de la Fraternité.
Je vous appelle, élus ou simples citoyens, à vous engager pour cette ardente obligation.
par Philippe DALLIER Sénateur de Seine-Saint-Denis









