J’ai interrogé hier en séance le Ministre des transports Thierry Mariani sur les retards pris dans le programme de rénovation des tunnels autoroutiers du département.

Retrouvez ici le texte de ma question et de la réponse ministérielle.

Mme la Présidente. La parole est à M. Philippe Dallier, auteur de la question n° 1559, adressée à M. le Ministre auprès de la Ministre de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement, chargé des transports.

M. Philippe Dallier. Monsieur le Ministre, à la fin de l’année 2009, un vaste plan de rénovation et de sécurisation de vingt-deux tunnels routiers d’Île-de-France était engagé conjointement par l’État, la préfecture de région et la direction des routes d’Île-de-France.

Ce plan de rénovation vise à mettre ces ouvrages en conformité avec la réglementation européenne, devenue plus stricte à la suite de l’incendie du tunnel du Mont-Blanc en 1999, qui avait fait de nombreuses victimes.

Parmi ces normes figurent notamment le renforcement des parois pour lutter contre le feu, la mise en place de caméras de détection, des dispositifs d’alerte des automobilistes ou encore l’augmentation du nombre de sorties de secours. Quatre ouvrages sont concernés en Seine-Saint-Denis : la tranchée couverte Lumen, celles de La Courneuve et de Bobigny sur l’A86, et le tunnel du Landy à Saint-Denis sur l’autoroute A1.

L’ensemble de ces chantiers, dont le montant global avait été initialement estimé à 600 millions d’euros pour les vingt-deux ouvrages de la région, devait être achevé en 2013, c’est-à-dire l’année prochaine.

Il apparaît toutefois, en l’état actuel de l’avancée des travaux, que ce délai ne pourra être tenu, engendrant un surcoût qui pourrait, selon certaines estimations, atteindre 200 millions d’euros pour l’ensemble des chantiers, ce qui impliquerait une augmentation des coûts de 30 %.

Les difficultés de circulation et la congestion du trafic constatées dans mon département depuis la mise en route de ces chantiers, liées au rétrécissement des voies de circulation et à la fermeture temporaire des tunnels, vont donc, malheureusement, se prolonger encore de longs mois pour les automobilistes.

La situation s’est toutefois quelque peu améliorée depuis le dépôt de ma question, puisque le tunnel du Landy, qui est le plus fréquenté d’Europe avec près de 220 000 véhicules par jour, dont 30 000 poids lourds, a fait l’objet d’une réouverture complète au public à la fin de la semaine dernière.

Les travaux de finition, réalisés en nocturne, se poursuivront certes jusqu’à la fin de l’été, mais c’est déjà une première bonne nouvelle pour les automobilistes qui empruntent cet axe important, et plus particulièrement pour les nombreux usagers de mon département.

Je souhaiterais donc, Monsieur le Ministre, que vous puissiez me détailler le calendrier prévisionnel d’achèvement des autres chantiers de Seine-Saint-Denis.

Pouvez-vous également me préciser, même si je mesure bien la difficulté de l’exercice, les dispositions qui peuvent être prises dès aujourd’hui pour limiter, autant que possible, les difficultés de circulation ?

Enfin, pouvez-vous m’indiquer, ou me préciser, les conséquences financières des retards pris dans la réalisation des travaux ?

Mme la Présidente. La parole est à M. le Ministre.

M. Thierry Mariani, Ministre auprès de la Ministre de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement, chargé des transports. Monsieur le sénateur, vous évoquez les questions relatives à la mise aux dernières normes de sécurité des tunnels routiers en Île-de-France.

C’est effectivement une politique nécessaire compte tenu de l’importance du trafic qui emprunte ces tunnels afin de garantir des conditions d’intervention plus rapides et, si un incendie survenait et ne pouvait pas être maîtrisé, de meilleures conditions d’évacuation des usagers et de tenue au feu des ouvrages.

Mais la réalisation de ces travaux est une question extrêmement délicate, car ils doivent être conduits en réduisant autant que faire se peut les conséquences sur la circulation, celle-ci ne pouvant être interrompue pendant une période longue.

Or la pose de protections au feu au plafond des tunnels et la modification des circuits électriques qui contrôlent les systèmes d’éclairage et de sécurité des tunnels ne peuvent pas se faire en maintenant la circulation. Il faut donc trouver les moments adéquats de la journée, et souvent de la nuit, pendant lesquels ces travaux peuvent être conduits.

C’est pourquoi, compte tenu des difficultés techniques, notamment de gestion de la circulation, des études pointues doivent être réalisées et des mesures de grande ampleur, en particulier de communication, doivent être prises pour la conduite de ces opérations de mise aux normes.

En outre, le programme précis des aménagements à réaliser doit être validé par un comité d’experts, la Commission nationale d’évaluation de la sécurité des ouvrages routiers, la CNESOR, pour s’assurer que les mesures prises seront adaptées. Cela conduit parfois à modifier à la marge les aménagements prévus. Ce travail complexe nécessite donc des études longues et peut avoir des conséquences financières. Cependant, la sécurisation revêt un caractère prioritaire dans l’allocation des crédits.

De plus, les restrictions de circulation qui sont nécessaires ne peuvent pas raisonnablement être mises en place dans tous les tunnels franciliens simultanément, car l’effet sur le trafic serait beaucoup trop pénalisant pour le fonctionnement des flux en Île-de-France. Aussi, les travaux sont-ils conduits progressivement et successivement.

Pour ce qui concerne les tunnels de Seine-Saint-Denis, la fin des travaux du tunnel du Landy est prévue au printemps 2012. Cependant, il faudra encore réaliser l’essai des nouveaux systèmes, notamment de ventilation, pendant l’été 2012, avant de rendre le dispositif totalement opérationnel. Ce calendrier permettra de rendre à la circulation l’ensemble des voies de circulation mi-février. À partir de cette date, les travaux et essais se dérouleront exclusivement sous fermeture nocturne.

Pour les tunnels de Bobigny et Lumen, les études sont en cours et devraient s’achever à la fin de l’année 2012. Les travaux se dérouleront de l’été 2013 à l’été 2015. Les modalités d’exploitation sous chantier ne seront arrêtées que l’année prochaine.

Enfin, le tunnel de La Courneuve sera traité en dernier pour les raisons de coordination que j’ai indiquées précédemment.

Mme la Présidente. La parole est à M. Philippe Dallier.

M. Philippe Dallier. Je vous remercie de ces précisions, Monsieur le Ministre. Après le dramatique accident survenu dans le tunnel du Mont-Blanc, chacun est conscient de la nécessité de réaliser des travaux de sécurité et des difficultés techniques qui se posent.

Mais lorsque le planning des travaux figure sur tous les panneaux indicateurs des zones concernées et que, finalement, les chantiers s’éternisent, on peut comprendre que les automobilistes éprouvent un sentiment qui ressemble un peu à de la rancœur à l’égard des pouvoirs publics. Mais nous ne pouvons que prendre notre mal en patience…

Monsieur le Ministre, vous ne m’avez pas répondu sur la question du surcoût annoncé, qui est pourtant plutôt élevé : 200 millions d’euros sur les 600 millions d’euros initialement prévus. J’espère que vous pourrez nous apporter des précisions par écrit.

Si je vous ai bien compris, vivement le printemps pour les travaux du tunnel du Landy et vivement 2015 pour ceux de la Courneuve !