Principal sujet de préoccupation des sénateurs, ce matin, aux réunions de groupe : la crise des éleveurs, qui depuis plusieurs semaines, multiplient les opérations coup de poing pour protester contre la chute brutale des prix.

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« Aujourd’hui, 20 000 exploitations sont au bord du bilan »

« Entre 20 000 et 25 000 exploitations sont au bord du bilan », dénonce Bruno Retailleau. Le chef du groupe Les Républicains au Sénat réclame que le gouvernement « propose des mesures qui soient à la haute de la désespérance, de la crise et du désastre qui s’annoncent ». La crise couve depuis l’automne dernier, s’insurge Philippe Dallier, sénateur Les Républicains de Seine-Saint-Denis, condamnant l’inaction du gouvernement. C’est évident, « les agriculteurs ne peuvent pas vendre leur production à un prix inférieur au prix de revient » pointe-t-il du doigt.

Cette crise ne laisse pas non plus indifférent la gauche de l’hémicycle qui juge la situation tout aussi catastrophique. Pour François Patriat, sénateur socialiste de Côte-d’Or , il faut mettre « des millions « d’euros » sur la table « pour pouvoir apporter des aides d’urgence », en matière de désendettement des éleveurs, et de relèvement des prix. Certains producteurs « sont complètement étranglés et n’ont plus de trésorerie » reconnait Françoise Cartron, vice-présidente socialiste du Sénat qui admet qu’il faut leur « donner un peu d’oxygène ». Sans la minimiser, la sénatrice regrette toutefois que la droite instrumentalise la détresse des agriculteurs qui fait traditionnellement partie de son électorat traditionnel pour « prendre en otage le gouvernement ».

« Tous les intermédiaires ont une responsabilité »

Tous ont salué l’initiative du président Les Républicains du Sénat, d’avoir réussi à réunir autour de la table, jeudi dernier, distributeurs, transformateurs et syndicats agricoles (Voir Article). Une belle image, qui n’a toutefois pu permettre de comprendre pourquoi les accords sur lesquels l’ensemble des acteurs se sont engagés le 17 juin, n’ont pas été respectés. On a l’impression que « tout le monde il est beau, il est gentil, que tous appliquent le texte et font bien le travail », signale François Patriat. Seulement, force est de constater que « la plus-value n’arrive pas à l’élevage ». « Le problème n’est pas de trouver des boucs émissaires mais, à quel endroit de la filière, le fil ne passe pas… » relève le sénateur socialiste, insistant sur la manque de transparence en matière de fixation des prix.

Actuellement, c’est « une partie de ping-pong » commente Philippe Dallier, car « chacun se renvoie la balle ». « Les distributeurs disent qu’ils ne sont pas en cause, les distributeurs aussi, et on finit par coller le mistigri aux collectivités locales qui n’achèteraient pas assez de viande française dans les écoles. Il faut arrêter ! ».

« Tous les intermédiaires ont une responsabilité » ajoute le sénateur Les Républicains qui, à ce titre, défend la nécessité d’adopter des « mesures coercitives » pour « sauver » la filière.

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A long-terme, il faut « réorganiser la filière »

Les facteurs de cette nouvelle crise des éleveurs sont multiples, tient à le rappeler François Patriat. Aujourd’hui, le monde agricole fait face à « un cocktail de conditions qui lui sont défavorables » avec la baisse de la consommation liée à la crise, mais aussi la chute des exportations, en direction de la Russie notamment, poursuit le sénateur de Côte-d’Or. D’autre part, « la régulation qui intervenait quelques années en arrière au travers de l’Europe ne joue plus aussi bien qu’avant » relève François Marc, sénateur du Finistère.

Ceci dit, les organisations professionnelles ont également leur part de responsabilité, signale Françoise Cartron. « Je ne rends pas les agriculteurs coupables, ce sont leurs organisations syndicales qui les ont poussé dans un style de production tournant le dos à la qualité ». Pour la vice-présidente socialiste du Sénat, c’est la poursuite de ce modèle du « toujours plus et avec une concurrence sauvage » qui a conduit à des prix aussi bas. Aujourd’hui, il faut « produire moins mais produire mieux ». Or, sur ce point, « la profession n’a pas fait son travail en labellisant, par exemple, une viande de qualité qui serait identifiée, même dans la grande distribution où le consommateur peut faire son choix ». Sur le long terme, il faudra s’attaquer à la « réorganisation de la filière » conclue Françoise Cartron.

A droite, on impute le manque de compétitivité de l’agriculture française, par rapport à l’Allemagne ou à la Hollande à un problème, plus global, de compétitivité tout court. « Notre agriculture croule sous les charges et par-dessus-tout sous les normes et sous les contraintes » dénonce Bruno Retailleau. A ce titre, la France n’a pas adopté les « réformes structurelles » qu’elle devait faire poursuit le président du groupe Les Républicains. Ce problème de compétitivité du « site France » touche « toutes nos entreprises, qu’elles soient agricoles, industrielles, artisanales ou commerciales ».

La sécheresse qui sévit, risque d’aggraver la crise actuelle

Face à la montée en puissance de la contestation, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, s’est rendu à Caen cet après-midi, à leur rencontre, avant l’annonce demain, à l’issue d’un conseil des ministres, de nouvelles mesures. Mais, en toile de fond, une autre crise se profile avec la sécheresse qui sévit dans plusieurs régions et inquiète doublement les sénateurs. Elle risque de « durer » et d’entraîner « de nouvelles pertes pour le monde de l’élevage, en termes de prix des matières premières, et en réserve de forage » pour l’hiver, s’alarme François Patriat, sénateur de Côte-d’Or.

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